Nous sommes spectateurs depuis quelques semaines, quelques mois de dynamiques inquiétantes, sidérantes, qui s’autoalimentent. L’arrivée au pouvoir de néo-fascistes dans divers pays du monde accompagnée souvent par de grandes puissances financières et médiatiques, et dont évidemment Trump apparait comme à la fois le symbole et le fer de lance, fait voler en éclat l’ordre (ou le désordre) géopolitique mondial né de la fin de la fin de la guerre froide.
Un profond bouleversement des relations internationales est en cours. Il signe l’entrée dans une ère de prédation forcenée et décomplexée, dans laquelle disparaissent tous les principes classiques de diplomatie, dans laquelle l’unilatéralisme étatsunien veut faire voler en éclat les principes du droit international et toutes les tentatives de construction du multilatéralisme, dans un monde dans lequel la puissance des régimes autoritaires s’est renforcée.
L’Ukraine, comme le Proche-Orient sont parmi les terrains d’application actuels de cette dynamique. Le spectacle d’un président ukrainien pris dans un traquenard à la Maison Blanche, entre Trump, Vance et les grands médias trumpistes a été le révélateur d’un changement assumé de la politique internationale américaine. A ce moment-là, Trump a acté aux yeux du monde sa volonté de créer un nouvel ordre international où le droit est systématiquement bafoué. Trump ne bluffait pas pendant la campagne. L’unique intérêt étatsunien prévaudra, qu’il soit économique avec en ligne de mire les terres rares ukrainiennes, ou géopolitique en espérant se faire un allié de Poutine pour affronter la Chine. Quelques jours plus tôt, le dévoilement d’un projet d’apparence complètement fou (mais que l’on aurait tort de ne pas prendre au sérieux) de construction d’une « Côte d’azur » de l’Orient dans la bande de Gaza est une autre manifestation du cynisme de l’administration Trump, avec la complicité du gouvernement d’extrême-droite israélien qui, dans le même temps évacue les camps de réfugiés palestiniens et continue à soutenir la colonisation de la Cisjordanie.
Cette prédation n’a que faire des peuples, de la justice, des droits et des libertés. Et évidemment elle est porteuse de guerres, comme la nuée porte l’orage. Les défis sont immenses pour les pays européens et notamment pour l’Union européenne handicapée par la présence d’alliés de Trump, que ce soit en Italie ou en Hongrie par exemple, mais aussi par son essence ultralibérale. Les défis sont immenses aussi dans les pays dans lesquels la démocratie révèle sa fragilité, comme c’est le cas en France, avec, comme aux Etats-Unis, l’offensive de l’extrême-droite qui ne cache pas ses sympathies trumpistes, soutenue elle aussi par des puissances financières et médiatiques (de Bolloré, à Stérin), qui préparent activement l’arrivée au pouvoir de néo-fascistes capables de maintenir leur pouvoir. Et ici comme ailleurs, maintenant comme avant, nous assistons à des recompositions politiques inquiétantes. Elles commencent par la contamination du vocabulaire qui traduisent les contaminations idéologiques, l’inversion des valeurs, les concessions de plus en plus nombreuses aux mensonges démagogiques pour se maintenir au pouvoir. Tout cela se passe sous nos yeux, à toutes les échelles et cela appelle à la plus grande vigilance, à chaque instant.
Sans doute les forces de progrès où qu’elles soient, auraient intérêt à prendre la mesure des périls et à s’apprêter à répliquer avec force, à toutes les échelles, pour défendre la justice, le droit international et la paix et en faisant vivre aussi au quotidien les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de fraternité.